Histoire

Le site d’Armeau est occupé depuis l’époque paléolithique comme l’atteste un atelier de taille d’outils découvert en 1978 dans la vallée. Sur le territoire de Villeneuve-sur-Yonne, à la limite entre les deux communes, se trouve la Pierre Frite, un menhir qui était entouré d’une nécropole protohistorique néolithique.
L’étymologie du nom d’Armeau, attesté sous la forme Hermeau en 1304, Ermeau en 1469, Armeau en 1493 ou Hermolium en 1695, trouve ses racines dans le latin « eremus » signifiant le désert, avec le suffixe ellum, et pourrait renvoyer à un ancien ermitage. Pour Palteau, par contre, trois hypothèses existent : « palleteau » signifiant lieu planté de pieux, fortifié ; « palestel » ou Petite Palestine rappelant un départ en croisade ; ou un sobriquet évoquant vieil habit, haillon, version la moins plausible. Notons que Richemont signifierait également colline coiffée d’un établissement fortifié.

Après les invasions, le village descend dans la vallée vers les 10ème ou 11ème siècles. Armeau appartient alors, et jusqu’au 14ème siècle, au domaine royal, rattaché au fief de Malay-le-Roi (aujourd’hui Malay-le-Petit) et verse la dîme ecclésiastique à l’abbaye de Dilo. En 1318 Philippe V le long cède le fief de Malay-le-Roy à Jean, comte de Joigny, la dîme ecclésiastique revient à l’hôpital de Joigny, tandis que Palteau reste dans le giron de Malay jusqu’au milieu du 16ème siècle.
En 1170 Louis VII le Jeune entreprend la construction d’un Castel au lieu-dit la Chataigneraie.
Les guerres de Cent ans, puis de religion dévastent la région à plusieurs reprises.
Palteau :
La Seigneurie de Palteau est vendue en 1567 à Miles Gibier écuyer, seigneur de Serbois, Griselles et Cornant en partie, conseiller avocat du roi au bailliage. L’existence du château remonte sans doute à cette famille. Puis son fils Nicolas Gibier, écuyer, vend en 1600 à Antoine Chapelain, secrétaire ordinaire de la Chambre du Roi. En 1609 des réparations touchent le château, le pont-levis et la tour du côté de la cassine. Cantien Garrot gouverneur et bailli de Sens et Villeneuve, homme de confiance de Richelieu et Mazarin, s’en porte acquéreur, et le transmet en 1688 à son neveu Bénigne d’Auvergne de Saint-Mars, grand bailli et gouverneur de Sens et des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat de Lérins. A son décès le 26 septembre 1708 à 85 ans, l’héritage revient à son neveu Guillaume-Louis Corbet de Formanoir, annobli en 1667. Le château reste dans la famille par les femmes jusqu’en 1922 : Quentin de Champlost, Kadot de Sébeville, Blanquet de Rouville. Il est alors acheté par la famille Drouet du Petit écho de la mode. Les écuries ont été incendiées par la foudre en 1903, l’aile ouest a été reconstruite au 19ème siècle. En 1935 Madame Priad, liée aux propriétaires du Pavillon Bleu de Villevallier et de Mon ami d’Armeau, en devient propriétaire avant de revendre aux Tréfileries du Havre. Aujourd’hui la SCI Berton en est propriétaire.

L’âge d’or
En 1853 la population d’Armeau atteint son apogée avec 932 habitants (contre 320 en 1974 et 888 aujourd’hui). Au 19ème siècle Armeau vit du commerce des bois de la forêt d’Othe, des tuiles et briques, des fours à chaux et de la vigne et du vin. Environ 10 % du territoire de la commune est couvert de vignes, surtout sur les coteaux bien ensoleillés et impropres aux autres cultures. Dès la fin du 15ème siècle, le vignoble de Mauqueue (à la limite de Villeneuve-sur-Yonne) a été fort réputé, jusqu’à figurer à la table du roi Charles VIII. Cependant au 19ème, le morcellement des parcelles, l’introduction de cépages grossiers plus rentables mais donnant un vin de piètre qualité entraînent le déclin du vignoble.
Toutes ces marchandises sont acheminées vers Paris par l’Yonne, grâce au port. En 1862 le barrage est construit pour améliorer la circulation sur la rivière. Le village compte de nombreux commerces.

commerces en 1862

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Puis l’arrivée du chemin de fer modifie profondément cette organisation. Après la première guerre mondiale, l’abandon de la vigne, l’exode rural transforment l’aspect du village.
Après la Libération, Armeau devient un lieu de villégiature apprécié pour sa rivière et ses forêts, et sa proximité avec Paris : deux hôtels, le Touring club, place de la Mairie, et surtout Mon Ami (actuel Relais Cap France) accueillent de nombreux touristes.

Pour aller plus loin : http://lesmotsdarmeau.over-blog.com

Sources : Pierre Seguin, Philippe Peyrol, Etudes Villeneuviennes.


LE MASQUE DE FER

Les 16 et 17 septembre 1698, le château de Palteau accueille un hôte mystérieux : grand, avec des cheveux blancs, son visage est recouvert d’un masque de velours noir. Il s’agit de celui que Voltaire baptisera en 1751 le Masque de fer, prisonnier placé sous la garde du chevalier de Saint-Mars, seigneur de Palteau, Dixmont, Armeau. Gouverneur des îles Sainte-Marguerite, où furent prisonniers sous sa garde Fouquet, puis Lauzun, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars vient d’être nommé gouverneur de la forteresse parisienne de la Bastille. Sur sa route pour rejoindre sa nouvelle affectation, il fait étape avec sa suite et son prisonnier, donc, dans son château de Palteau.
Bénigne Dauvergne, né vers 1626, mousquetaire, est au fort de Pignerol le geôlier du surintendant Fouquet, emprisonné sur ordre du roi Louis XIV, lorsqu’il hérite de la Seigneurie de Palteau de son oncle Cantien Garrot en 1669. La même année arrive à Pignerol un nouveau prisonnier : son identité a inspiré une bonne cinquantaine d’hypothèses, il s’agirait du frère de Louis XIV, de son fils, du comte Mattioli, du valet Eustache Danger, entre autres théories. Il suivra son geôlier à Exiles, puis aux Iles Sainte-Margueriete, enfin à la Bastille où il décede le 19.11.1703.


PIERRE QUILLARD

Né à paris le 14.07.1864, décédé à Neuilly 4.02.1912, Pierre François Marie Quillard a marqué profondément la vie intellectuelle de son époque. Issu d’une famille armélienne, orphelin, il est recueilli par sa tante, et vient fréquemment chez sa grand mère maternelle Prudence Pélagie Paillot. Condisciple au lycée Fontanes (aujourd’hui Condorcet) d’Ephraïm Michaël, René Ghil, André Fontainas il édite en 1881 son premier recueil de vers et fonde en 1884, avec Ephraïm Michaël, Saint-Pol-Roux, Camille Bloch, Marcel Collière, une revue littéraire, la Pléïade.
Disciple et ami de Mallarmé, il participe au mouvement poétique symboliste, collabore au Mercure de France, fréquente les Nabis. Anarchiste et dreyfusard, il s’engage également en faveur du peuple arménien, après avoir professé en Turquie. Il collabore à la revue Pro Arménia aux côtés d’Anatole France, Jean Jaurès, Georges Clémenceau. Il adhère dès sa formation en 1898 à la Ligue des Droits de l’Homme dont il devient vice-président en 1907 puis secrétaire en 1911. Pierre Quillard est l’auteur de trois recueils de poésie, deux pièces de théâtre, un livret mis en musique par Gustave Doret, et quatre écrits politiques.


PAUL ROBERT

Le lexicographe Paul Robert a vécu à Armeau de 1969 à 1979. Né le 19 octobre 1910 à Orléansville en Algérie, il appartient à une famille de propriétaires terriens, minotiers, exploitants agricoles (orangers, coton) et viticoles très implantés politiquement. Il suite des études de droit à Paris et Alger à partir de 1934. C’est alors qu’il ressent le besoin d’un dictionnaire différent de ceux qui existent : il souhaite y trouver l’association des mots entre eux.
Ce n’est qu’en 1945, à son retour à Paris après sa mobilisation en Algérie, que l’idée de créer ce dictionnaire se concrétise. Son projet, présenté à l’Académie française en 1949, est bien accueilli. Le premier fascicule paraît en 1951 aux Presses Universitaires de France. En 1951 Paul Robert fonde à Casablanca sa propre maison d’édition, et en 1952 recrute Alain Rey qui restera son précieux collaborateur et deviendra son successeur. Revenu s’installer à Paris en 1953 il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1959, commandeur des Arts et Lettres en 1976. Pendant dix ans, c’est dans l’ancien presbytère d’Armeau que sont conçus les fameux Petit Robert.
Décédé à Mougins (Alpes maritimes) le 11.08.1980, Paul Robert est enterré à Lausanne en Suisse.

Patrimoine local

L’église Saint-Sulpice d’Armeau

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L’église actuelle a été construite de 1872 à 1875, sous la direction de l’architecte diocésain Louis Lefort, collaborateur de Viollet-Leduc. Elle succédait à un ancien édifice roman bâti au 12ème siècle sur la colline à l’emplacement de l’actuel cimetière. Cet édifice faisait lui-même suite à une chapelle mérovingienne.

Dédiée à saint-Sulpice fêté le 17 janvier, elle est également placée sous la protection de saint-Antoine d’Egypte, fêté pareillement le 17 janvier. Saint-Sulpice est aussi honoré le 27 août, date de la translation de ses reliques à Paris.

Elle possède deux cloches : une de 350 kilos, offerte par la Marquise de la Briffe, et une de 196 kilos, offerte par la confrérie de la sainte-Vierge et parrainée par Monsieur du Chayla et son épouse, née de Sébeville.

Vitrerie : dans le choeur, de gauche à droite, on remarque successivement la parabole du bon Samaritain, la présentation de Jésus au Temple, au centre trois scènes de la Passion du Christ, la Résurrection, et à droite saint-Sulpice. Dans les fenêtres axiales figurent saint-Joseph et l’apparition de la Vierge à Bernadette.

L’église abrite des statues de saint-Roch, saint-Vincent, saint-Antoine, saint-Sulpice et saint-Jacques de Compostelle, ainsi qu’une remarquable Vierge allaitant de pierre polychrome datant de 1330 et représentative de la sculpture champenoise. Le mobilier est inscrit à l’Inventaire supplémentaire depuis 1982.

On remarque également des tableaux représentant le chemin de croix, signés du graveur V. Pacelli. Les tableaux ont été réalisés d’après ses gravures, dans le 4e quart du 19e siècle. Les 12 médaillons ornés de croix, symbolisant les 12 apôtres, indiquent que l’église a été consacrée par un évêque.

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La Vierge Allaitant

Sculpture du 14° siècle, hauteur 105 cm, propriété d’une association diocésaine.

Vierge assise sur un siège sans dossier, la main droite tient la tige d’un sceptre qui a été brisé ; la main gauche soutient l’enfant auquel elle donne le sein.

Subsistent également de l’ancienne église, la statue de Saint-Jacques, et deux plaques de pierre taillée apposées dans la chapelle de droite : une de marbre noir porte l’épitaphe de Maître Martin Verien décédé le 8 octobre 1643 et de son épouse ; l’autre de marbre blanc indique une fondation de 1709.

Retour de Saint-Roch à l’église : une statue de Saint-Roch, protecteur des troupeaux, faisant pendant à Saint-Vincent à gauche du porche intérieur, a été volée en 1974. E septembre 2017 les Arméliens en fête ont offert à la commune une autre statue de Saint-Roch, acquise auprès des ateliers de moulage du musée de Sens.

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Curiosités et monuments

L’arbre de la Liberté

L’arbre de la Liberté a été planté au bas de la rue de l’Yonne le 11 novembre 1989 pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française. C’est un chêne d’Amérique, une essence robuste qui supporte bien l’humidité et arbore à l’automne un beau feuillage rouge

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Les armoiries d’Armeau

Les armoiries d’Armeau ont été créées 1987 par l’instituteur du village Bernard Chedal. Héraldiste amateur, il a mené des recherches historiques et décidé de s’inspirer de l’ancien blason de la famille de Formanoir. Il créé un écu d’azur semé de molettes d’or, à un lion brochant du même, armé et lampassé de gueules avec pour cri d’armes Armes Hault et comme devise Eremus Fvero, Armaqve Fero, qu’il a traduit par « j’étais autrefois un lieu solitaire, maintenant je porte des armes ».
Ce blason est officialisé par l’Armorial général des communes de France.

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La Croix de Saint-Louis

au bas de la côte Javelle

Galerie photo